Une version utilitaire
Avec ce modèle, Henry — vieille maison américaine qui trouve ses racines dans les premières armes du genre, dans la seconde moitié du XIXe siècle — ne cherche pas à réinventer un mythe, mais à l’adapter aux exigences contemporaines. En effet, la marque troque la patine des carabines du Grand Ouest pour lui donner un aspect que l’on croirait inspiré de la Batmobile de Bruce Wayne ! Cet objet utilitaire, résolument dans l’air du temps, est pensé comme une carabine-outil destinée à intervenir partout, et surtout quand ça craint… autrement appelée « brush gun » aux États-Unis.
Ce modèle H010X, abrégé en « modèle X », est une lever action chambrée en calibre .45-70 Govt.
On peut l’alimenter, comme son illustre ancêtre, par un magasin tubulaire amovible de 4 coups, mais aussi par une plus classique portière latérale, qui permet de réalimenter l’arme sans retirer le tube.
Pour déposer ce dernier, rien de plus simple : il suffit de le saisir par l’extrémité sous le canon et de lui faire effectuer un quart de tour ; il suffit ensuite de répéter l’opération pour le refermer une fois les cartouches introduites via la fenêtre, prenant la forme d’une cartouche à bourrelet usinée à cet effet.
Le canon (rond) mesure 50 cm, l’arme affiche une longueur totale de 98 cm, pour un poids de 3,4 kg selon nos mesures. Nous sommes donc en présence d’une carabine plutôt compacte, bâtie pour les distances courtes à intermédiaires, capable de faire face à des gibiers lourds ou dangereux dans des environnements denses en Amérique du Nord, ou de servir en traque/battue dans notre pays. Elle conserve évidemment une identité qui conviendra également aux amateurs de tir en stand.
Pensée pour le terrain
C’est en effet là que le modèle X devient intéressant.
La crosse synthétique noire à poignée pistolet, le sabot en caoutchouc, les grenadières, le rail Picatinny, le garde-main M-Lok, les organes de visée à fibre optique et le canon fileté (5/8x24) dessinent une philosophie aussi claire que la robe de cette Henry est sombre : robustesse, modularité, rapidité.
Henry assume pleinement cette lecture moderne en positionnant le modèle comme une arme de chasse pratique, rustique et polyvalente : un outil pensé avant tout pour le terrain, et non une carabine destinée à se pavaner au stand, à être exposée en vitrine ou suspendue au-dessus d’une cheminée. Une arme d’un genre nouveau : un « tactical brush gun » ?
Comportement de l’arme
Henry la classe d’ailleurs dans les usages « target », « hunting » et « large game », en mentionnant le cerf, l’ours, le sanglier, l’élan et l’orignal, pour des tirs allant jusqu’à des distances de 100 yards. C’est une manière très américaine de présenter les choses, mais le message est clair : la H010X n’est pas une diva de stand, c’est une travailleuse robuste, conçue pour frapper vite et efficacement dans des conditions réelles, notamment en contexte cynégétique.
Ce qu’elle apporte… et ce qu’elle sacrifie
Cette arme assume pleinement son identité de carabine de chasse moderne à gros calibre. En contrepartie, elle renonce à une partie du romantisme classique de la catégorie. Le bois disparaît, la ligne devient plus fonctionnelle que traditionnelle, et la capacité reste limitée à 5 cartouches.
Mention spéciale à l’autorité mécanique — qui fait tout le charme de ces armes — de ce levier fluide, réglé comme une horloge, et qui participe à la sécurité d’utilisation.
Notons enfin que la crosse synthétique reste assez basique (et fine) : l’ajout d’un busc de crosse n’est pas superflu pour améliorer le confort, notamment lors de séries de tir au stand avec un calibre aussi énergique que celui-ci.
Au stand
Au stand, le Model X tire droit et juste. Nous avons testé trois chargements, tous parfaitement digérés, sans incident de tir ni problème d’éjection d’aucune sorte. En tir assis, le recul est assez franc tout en restant supportable, ce qui est normal au regard de la crosse synthétique et du poids contenu de cette carabine, légèrement allégée par rapport à certaines concurrentes.
En tir à bras franc, sur sanglier courant, le recul a tendance à s’oublier. La fluidité du rechargement est irréprochable. Avec un busc de crosse, la prise de visée gagne en confort. À noter que le boîtier taraudé permet d’installer un rail ou directement une optique, mais veillez à privilégier un montage bas afin de ne pas avoir à décoller la joue de la crosse — sous peine de ressentir les “chatouilles” du .45-70 Govt !