Un peu d’histoire
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l’armée française entreprend d’adapter son fusil réglementaire MAS 36 aux nouvelles exigences du tir de grenade à fusil. Si le tromblon VB – hérité de la Première Guerre mondiale – permettait déjà ce type de tir, les militaires souhaitent désormais un dispositif intégré directement à l’arme, plus moderne et plus ergonomique.
Les ingénieurs de la Manufacture d’Armes de Saint-Étienne (MAS) conçoivent alors une version modifiée du fusil, dotée d’un nouvel embouchoir, d’une bague coulissante et d’alidades de visée spécifiques. Ce modèle, baptisé MAS 36 LG48 (pour lance-grenade 1948), permet de tirer la grenade modèle 1948. Plusieurs fusils standard MAS 36 furent d’ailleurs transformés pour cette occasion.
Cependant, la grenade modèle 1948 demeure typiquement française. Avec l’intégration progressive de la France dans la logique d’interopérabilité de l’OTAN, il devient nécessaire d’adapter le fusil aux nouvelles munitions de 22 mm au format standard. Ainsi naît le MAS 36-51, évolution directe du LG48.
Parmi ses principales modifications figurent un embouchoir redessiné pour les grenades OTAN de 22 mm, une alidade rabattable plus sophistiquée – offrant des angles de 45° et 90° – avec réglette de portée et bague de réglage, ainsi qu’un canon allongé et renforcé, passant de 575 à 620 mm. Le fût et le garde-main sont également repensés, tandis qu’un sabot de crosse en caoutchouc, disponible en deux tailles, fait son apparition dès 1951 pour amortir le recul brutal des grenades antichar.
Produit à 150 000 exemplaires entre 1953 et 1959 par la MAS, le MAS 36-51 servira fidèlement jusqu’à l’arrivée du MAS 49 puis du 49-56. Il poursuivra néanmoins sa carrière au sein de la gendarmerie et des CRS jusque dans les années 1990, avant d’être progressivement remplacé par l’AMD 5.56 et le FAMAS.
Au tir
Le MAS 36-51 incarne la dernière évolution d’une lignée d’armes réputée pour sa sobriété et son efficacité. Héritier direct du MAS 36, il en conserve la simplicité de conception et la robustesse des matériaux, tout en intégrant les modifications nécessaires au tir de grenades de calibre OTAN. L’ergonomie reste épurée : aucune sûreté n’est présente, conformément à la tradition des armes françaises de l’époque, et les manipulations demeurent d’une remarquable fluidité malgré un usinage somme toute minimaliste de la culasse.
Avec un poids dépassant les quatre kilogrammes, le fusil peut sembler massif, mais cette masse offre un avantage tangible : elle limite le relèvement à chaque coup tiré. L’adjonction du dispositif de lancement de grenades renforce encore cette stabilité, ce qui confère à l’arme une tenue très saine au tir. L’alimentation du magasin s’effectue sans difficulté, que l’on utilise une lame-chargeur ou que l’on insère les cartouches une par une ; le mécanisme reste fluide et fiable, à l’image de la conception globale.
Côté organes de visée, le MAS 36-51 demeure fidèle à la sobriété fonctionnelle de ses prédécesseurs. Il adopte un œilleton réglable en élévation à l’arrière et un guidon épais à l’avant. Ces organes de visée privilégient l’acquisition rapide de la cible plutôt que la précision extrême, un choix cohérent pour un fusil militaire destiné aux engagements à moyenne distance. Le tireur habitué à des instruments plus fins devra pourtant s’adapter à ce guidon massif, qui tend à occulter partiellement la cible, rendant les tirs de précision plus difficiles.
Lors des essais, la précision s’est révélée correcte sans être exceptionnelle, notamment avec les munitions commerciales de 7,5×54 mm de chez PPU.
Des cartouches rechargées avec soin pourraient sans doute améliorer sensiblement les groupements. Le départ, mesuré à environ 4,1 kg, se montre assez ferme mais parfaitement net, avec une rupture franche et prévisible.
En somme, le MAS 36-51 offre une expérience de tir authentique : rustique, stable et d’une mécanique honnête, fidèle à la réputation des MAS 36.
Un démontage extrêmement bien pensé
Les fusils à répétition MAS 36 sont sans doute les armes à verrou les plus faciles à démonter.
Le retrait de culasse se fait en tirant l’ensemble vers l’arrière et en appuyant sur la queue de détente. Une fois la culasse retirée, on appuie sur le bouton situé à l’arrière et on le fait tourner dans le sens des aiguilles d’une montre, libérant ainsi le percuteur et son ressort.