L’histoire
La carabine SKS-45 (pour “Samozaryadny Karabin sistemy Simonova, obrazerts 1945 goda“ soit “Carabine Semi-automatique système Simonov, modèle de l’année 1945”) est une arme semi-automatique soviétique qui chambre le 7,62x39 et est alimentée avec un clip de 10 cartouches. Malgré la date de 1945 dans sa désignation, la SKS n’a en fait pas connu la seconde guerre mondiale car la production a commencé en 1949. Ce qui correspond à la même date de la mise en production de la célèbre AK-47, et il semble alors étrange d’adopter à la fois une carabine semi-automatique, et à la fois un fusil d’assaut, de surcroît dans le même calibre, et pourtant…
La SKS-45 est l’oeuvre de Sergei Gavrilovich Simonov. Il s’était déjà illustré auparavant dans la conception de l’AVS-36, un fusil automatique chambré en 7,62x54r et tirant en semi ou full auto et produit à partir de 1936. Cependant son arme sera rapidement remplacée par celles d’un autre concurrent (ou camarade…) Fiodor Tokarev avec les SVT-38 et SVT-40. Là où Simonov est plus connu, c’est probablement dans la conception du fusil antichar PTRS41 et chambré dans l’imposante cartouche de 14,5x114 mm. Au milieu du conflit, la Russie développe une cartouche intermédiaire, qui ferait le pont entre les cartouches pour pistolets mitrailleurs de 7,62x25 et les cartouches de fusils 7,62x54r. C’est initialement le 7,62x41 mm qui sera conçu, pour ensuite être encore réduit en 1943 avec la cartouche qui est mondialement connue aujourd’hui le 7,62x39 mm. Il fallait donc développer une nouvelle arme autour de cette cartouche et à ce moment-là, le concept de fusil d’assaut n’était pas très diffusé, c’est donc naturellement vers la carabine semi-automatique que la demande est faite. Simonov, ainsi que d’autres armuriers comme Degtyarev ou le jeune Kalashnikov proposeront leurs inventions. Pour Simonov l’idée fût “simple”: reprendre le PTRS 41 comme base et l’adapter à la cartouche intermédiaire M43 et il est vrai que lorsqu’on regarde les deux armes côte à côte, les ressemblance sont frappantes!
Simonov disposait d’une plus grande expérience dans cette catégorie d’arme et c’est son modèle qui fût validé en 1945, pour être adopté officiellement en 1949. Alors pourquoi ce délai? Et bien la fin de la guerre et des besoins qui changent complètement. La SKS-45 est validée car elle a été pensée pour remplacer l’arme de base du fantassin : il faut qu’elle soit simple à utiliser, à nettoyer, démonter et il faut que l’instruction en soit aussi aisée. C’est pour cela que l’arme revêt certains aspects si “archaïques” comme l’utilisation des lames chargeurs. La population russe de l’époque étant principalement rurale et peu éduquée, le clip s’utilise de la même manière que dans le fusil à verrou Mosin-Nagant. Il n’encombre pas non plus le soldat avec des magasins amovibles, qu’il pourrait perdre plus facilement. Cela en vient même jusqu’à la baïonnette qui se plie sous le canon, pour économiser un fourreau au ceinturon et éviter les pertes. Le démontage (comme vu plus bas) est lui aussi le plus pragmatique possible. C’est une arme pensée pour une utilisation simple pour le fantassin tout en bas de l’échelle, tout en lui permettant de passer au niveau supérieur à savoir le semi-auto.
Cependant comme mentionné, la SKS-45 arrive en même temps que l’AK-47. L’URSS décide à la fin des années 40 d’adopter un nouveau système d’armes qui tournerait autour de la 7,62x39 M43 avec une carabine semi-automatique pour la dotation générale, le fusil d’assaut pour les troupes d’assaut ou le personnel encadrant, et le fusil-mitrailleur RPD-44 comme arme d’appui. Sauf qu’en réalité les 3 armes n’ont rien en commun mécaniquement, et même si le calibre est similaire, cela n’arrange pas la production des armes à l’usine. De ces trois armes, seule l’AK-47 (ou AKM à partir de 1959) survivra, car les SKS-45 ne seront plus produites après 1955, et le RPD-44 sera remplacé par la PK en 1961. Viendra ensuite le SVD en 1963, ce qui unifie réellement l’armement autour du système Kalashnikov.
De plus, la SKS-45 demande un temps d’usinage assez long, contrairement à l’AK qui est initialement conçue sur l’utilisation de la tôle emboutie, même si les soviétiques auront du mal à le mettre en place. Donc in fine, entre la fin de la seconde guerre mondiale, les besoins qui changent et surtout l’avènement du concept de fusil d’assaut qui va remplacer, à terme, tous les fusils semi-automatiques dans toutes les armées, occidentales ou non, et bien la SKS-45 va rapidement être arrêtée d’être produite. Il en sortira tout de même 2,5 millions d’exemplaires des usines russes, de quoi alimenter toutes les armureries du monde aujourd’hui! De plus, l’arme sera produite aussi dans 7 pays supplémentaires (République Démocratique d’Allemagne, Roumanie, Chine, Corée du Nord, Yougoslavie, Albanie, Vietnam du nord). C’est probablement en Chine que l’utilisation en sera la plus grande, même si on pense immédiatement aux Vietcong qui les ont utilisés contre les soldats américains durant la guerre du Vietnam. Les modèles fabriqués par les autres pays disposent chacun de caractéristiques propres, ce qui peut amener potentiellement à un thème de collection en soit, puisque la Type-56 chinoise dispose d’une baïonnette à pique, et le modèle Yougoslave permet le tir à la grenade. Aujourd’hui les SKS-45 sont encore visibles lors de parades ou dans les mains de garde de certains palais de pays de l’Europe de l’est.
Démontage
Ce qui caractérise la SKS-45, c’est sa simplicité, que ce soit dans les manipulations mais aussi dans son démontage. Et vous verrez que très rapidement vous vous familiarisez au démontage de cette arme, qui rappelle même parfois le démontage d’une AKM. Mieux qu’un long discours, en voici les étapes en photo.
Au stand
La SKS-45 chambre la cartouche M43 7,62x39, qui se trouve partout sur le marché, dans diverses marques et surtout en version surplus, ce qui permet de tirer de manière plus économe avec la carabine, tout en bénéficiant tout de même de bonnes performances, puisque rappelons que l’arme a justement été développée pour cette même cartouche. Il est même probable que les performances en cible avec de la surplus soient tout aussi bonnes qu’avec des cartouches du commerce mais nous n’avons pas eu le loisir de l’essayer. Le défaut de la munition de surplus est bien évidemment l'amorçage corrosif, qui oblige le nettoyage complet de l’arme dans les plus brefs délais après la fin du tir. Au stand, l’arme se révèle être légère et compacte dans les manipulations, ce qui est très agréable. Les organes de visée sont basiques, comme sur un Mosin-Nagant ou une AKM, avec cette ligne de visée très courte entre la hausse et le guidon. La crosse est par contre un peu courte mais c’est logique puisqu’il s’agit d’une arme soviétique destinée à des soldats qui pouvaient porter des vêtements d’hiver assez épais. Elle conviendra parfaitement pour les petits gabarits. L’insertion des clips se fait sans trop de difficulté. Ce n’est pas aussi fluide que sur un Mauser 98k, mais c’est bien plus agréable que sur un Mosin-Nagant… Pour insérer le clip, il suffit de tirer le levier d’armement vers l’arrière et de le laisser en position ouverte. Les clips s’insèrent avec le pouce de la main droite. Ensuite il faut relâcher le levier d’armement avec l’ensemble mobile qui va chambrer une cartouche, c’est prêt à faire feu. Simple, basique. Un levier de sécurité est disponible sur le côté droit de la détente. La prise en main générale est bonne sans être non plus exceptionnelle, et la détente est somme toute assez basique, et comme bien souvent sur les armes soviétiques, filantes.
Maintenant penchons nous sur les performances face à la cible. Dans le manuel réglementaire il est mentionné que l’arme doit tenir un cercle de 15 cm de diamètre à 100m, ce qui équivaut au 8 de la C50. C’est très honorable pour une arme de ce type mais la vraie question c’est de savoir si ça vous satisfera. La SKS-45 est une arme conçue pour la guerre et non pour le tir sportif… Mais il est peut être possible de serrer le groupement avec des munitions plus performantes, voire même carrément d’envisager le rechargement. En fait la SKS-45 est une arme au look rétro qui est franchement agréable au tir, avec un recul tout à fait modéré, et parfaite pour faire du fun shoot. C’est idéalement l’arme de surplus pour tous: trouver un fusil semi-auto réglementaire à moins de 1000€? Impossible. En plus dans un calibre intermédiaire facile à trouver et accessible à toutes les bourses, que demander de plus! Certes ce n’est pas une arme de match, mais c’est tout de même une arme très attachante. Et en plus elle est livrée avec une baïonnette :)