Une tige en cuir gras
L'Arabuko a une vocation claire : les sols escarpés. L'empeigne en nubuck Dakar gras est un cuir pleine fleur poncé puis nourri en profondeur, plus souple et plus déperlant qu'un nubuck sec. Il se combine à des panneaux de Cordura Puma qui allègent la tige et la rendent plus résistante à la déchirure.
Cuirassée là où ça frotte
Les zones les plus exposées sont traitées à part : le bout et le talon reçoivent une croûte de cuir enduite d'élastomère, et la tige intègre du SuperFabric, un textile recouvert de minuscules plaquettes dures. Ce principe, que son fabricant résume par « localement dur, globalement souple », oppose une armure aux arêtes de calcaire et aux branches sans rigidifier la chaussure. Avec 20 cm de tige, l'Arabuko tient bien la cheville sans l'emprisonner comme une chaussure de montagne à tige haute.
Le BOA, un serrage au millimètre
Pas de lacets, mais une molette crantée qui tend un câble à travers des guides basse friction. On pousse la molette pour l'engager, on tourne pour serrer, on la tire pour tout relâcher. Sur l'Arabuko, le câble passe par un pont de languette (« Tongue Bridge ») qui répartit la tension sur tout le cou-de-pied et limite les points de pression. L'intérêt à la chasse est double : un réglage au cran près, que l'on affine en marchant. En revanche, le système agit sur une seule zone : impossible de différencier le serrage de l'avant-pied et celui de la cheville, comme on le ferait avec un laçage à crochets.
Un intérieur pensé pour les longues journées
La doublure Gore-Tex Sierra More Season promet imperméabilité et respirabilité, avec une plage d'utilisation orientée vers l'automne et les climats frais. À l'intérieur, la semelle OrthoLite 2D de 5 mm, en mousse à cellules ouvertes, gère l'humidité et les odeurs et apporte une première couche d'amorti. Elle n'a rien d'une semelle orthopédique, mais elle fait parfaitement son travail sur la durée ; le fabricant souligne aussi le fait que cette semelle épouse et retient la forme du pied.
Vibram Bristol : de l'accroche et de l'amorti
La semelle Bristol est moulée dans le mélange Vibram XS Trek, un compromis entre souplesse et longévité adapté aux terrains variés, avec un insert en polyuréthane léger dans le talon. Beretta souligne sa bande de protection périphérique et son amorti central élevé. Les crampons à profil marqué, les rainures latérales autonettoyantes et les ailettes en pointe et au talon visent l'adhérence sur la roche. Le tout donne une chaussure stable assez proche de la chaussure de randonnée technique.
Sur le terrain : trois jours en montagne
Le banc d'essai le plus impitoyable reste la paire neuve sortie de sa boîte un premier matin de chasse. C'est exactement ce que nous avons fait dans les montagnes de Castilla-La Mancha, plus exactement dans la Sierra del Alto Tajo, un massif de moyenne montagne entaillé de canyons calcaires où le cerf brame dans les pinèdes et où les Macho Montes, le bouquetin ibérique, règne sur les éboulis. Programme : montées raides vers les crêtes, jusqu'à 1 600 mètres, sur les traces des cervidés de l'aube au crépuscule.
Premier jour : 14 km. Nous alternons chemins balcons, champs pierreux, pierriers instables et sentiers de chèvres dans des forêts résineuses denses. Dès les premières pentes, les crampons ne se bourrent pas de caillasse et la Vibram mord franchement dans le sol. En dévers, la tige de 20 cm et le maintien du BOA verrouillent bien le talon : pas de glissement du pied vers l'avant à la descente, principale cause d'ampoules et de douleurs aux ongles...
Deuxième jour, 12 km, sur un terrain encore plus cassant pour atteindre les zones à bouquetins. Les blocs de calcaire griffent le bout et le talon renforcés, qui encaissent sans broncher. Au troisième jour, nous totalisons 30 km avec une chaussure jamais portée auparavant, ce qui est toujours un pari risqué.
Résultat : aucune ampoule (!) et pas de blessures à souligner. Le confort est remarquable, et nous l'attribuons à deux éléments : la semelle OrthoLite, qui amortit et garde le pied sain au fil des heures, et surtout le système BOA. Desserrer d'un cran pour une longue montée, resserrer avant une descente raide, sans s'arrêter ni faire une dépose du sac : c'est un vrai plus en approche, où chaque mouvement compte. La molette, discrète, ne fait pas plus de bruit que ça en manipulation.
Seul bémol : l'entrée de chaussant. L'ouverture du col est relativement étroite, et même BOA totalement relâché, il faut écarter la languette et forcer un peu pour faire glisser le pied. Rien de rédhibitoire, mais cela rend le chaussage moins rapide qu'on l'attendrait d'un système BOA.
Cuir gras : l'entretien n'est pas une option
Le nubuck gras est un cuir vivant. En usage intensif, sur le calcaire et dans la poussière, il se dessèche vite si on le néglige. Après chaque sortie, brossez la terre et les poussières, puis laissez sécher à température ambiante, loin du feu ou d'un radiateur, semelles intérieures retirées. Nourrissez ensuite le cuir avec un corps gras adapté au nubuck gras, comme la graisse de cheval, appliqué en couche fine et bien pénétré. Évitez de saturer le cuir : un excès de graisse peut freiner la respirabilité de la membrane. Notez que le nubuck fonce légèrement après graissage. Enfin, un rinçage à l'eau claire du mécanisme BOA évite que sable et boue ne s'y accumulent. Évidemment, vous n’êtes pas obligé de le faire à chaque sortie, mais régulièrement.