Entre sport et chasse
Le Cordoba doit son nom à la plaine argentine célèbre pour ses tirs de colombidés à la chaîne, où un fusil encaisse des centaines, voire des milliers, de cartouches par jour. C'est donc d'abord un fusil de tireur, né de l'ADN sportif de Benelli, que la marque a doté de tout ce qu'elle sait faire de mieux : canon Advanced Impact, traitement BE.S.T., bande carbone. Sans être un spécialiste du marais, il s'y adapte très bien, et c'est là que nous l'avons emmené après une première prise en main au stand.
Le boîtier en alliage léger reprend les lignes fluides de l'Ethos, avec une fenêtre d'éjection largement dégagée et des commandes surdimensionnées, faciles à trouver, même avec des gants. Point capital : il n'est pas fraisé. Aucun rail ne permet donc d'y fixer une optique de hutte pour les sauvaginiers qui chassent de nuit.
L'inertie, gage de propreté
Comme tous les semi-automatiques de la maison, le Cordoba fonctionne par inertie. Pas de prise de gaz : c'est le recul du fusil qui comprime le ressort d'inertie logé dans la culasse, puis déclenche le cycle. Les gaz de combustion ne viennent donc pas encrasser le mécanisme, et l'entretien se résume à peu de chose, un vrai atout après une matinée humide.
Advanced Impact : le canon haute performance
Le cœur du fusil, c'est son canon Advanced Impact. Benelli a revu tout l'ensemble canon-chokes : un cône de raccordement très long (environ 40 cm), un alésage porté entre 19,6 et 19,8 mm, puis des chokes de 10 cm, prolongés ici de 2 cm à l'extérieur. Le constructeur annonce des plombs moins déformés, une gerbe plus homogène, plus de vitesse et plus de pénétration, y compris avec l'acier. L'acier du canon est par ailleurs traité par cryogénie (Crio System) pour stabiliser sa structure.
À la bouche, une série d'évents percés dans le canon laisse s'échapper une partie des gaz derrière la charge. Objectif : limiter le relevé du canon au départ du coup et revenir plus vite sur la cible pour le deuxième tir.
BE.S.T., la cuirasse anti-corrosion
Le traitement de surface BE.S.T. (Benelli Surface Treatment) recouvre les parties métalliques d'une couche annoncée ultra-dure, pensée contre la corrosion, l'abrasion et l'usure. Au marais, entre l'eau saumâtre, la boue et la pluie, c'est exactement ce qu'on attend, mais cela ne doit jamais empêcher de sécher puis de huiler son arme en rentrant à la maison !
Bande carbone et ligne de mire haute
La bande de visée, haute et ventilée, est en fibre de carbone. Elle dissipe la chaleur et allège l'avant du fusil.
Au tir, cette ligne haute se révèle très confortable : la tête reste droite, l'œil s'aligne naturellement et l'on garde l'oiseau en vue au-dessus du canon. Revers de la médaille, sa forme interdit aussi de monter un point rouge sur la bande. Entre un boîtier non fraisé et cette bande carbone, le Cordoba ne peut recevoir aucune optique : c'est un fusil de tireur, à l'épaulé instinctif.
L'ensemble garde une silhouette fine et élancée, héritée des fusils de parcours. Elle rend le fusil vif à l'épaulé et facile à emmener sur les oiseaux qui passent haut.
Comfortech 3 : le recul dompté
La crosse en technopolymère intègre le système Comfortech 3 : chevrons élastiques dans la crosse, plaque de couche amortissante et busc Combtech, qui absorbe le choc contre la joue. La longueur de 365 mm passe à 355 mm avec la plaque courte, et un kit permet d'ajuster la pente et l'avantage. Les poignées reçoivent un quadrillage Air Touch, efficace même mouillé.
Les détails qui comptent
Sous le devant, le Window System affiche le contenu du magasin à travers une fente, avec un repère rouge quand des cartouches sont chargées. On sait d'un coup d'œil où l'on en est, sans ouvrir le fusil.
Le cut-off, à l'avant du pontet, permet d'extraire la cartouche chambrée sans vider le magasin, ou de changer de munition au dernier moment quand un oiseau change de cap.
Des évents dans le canon
Autre détail hérité du tir sportif : le canon du Cordoba est percé d'une série d'évents près de la bouche. Au départ du coup, une partie des gaz s'en échappe vers le haut, derrière la charge, ce qui plaque le canon et limite son relevé. Le fusil reste mieux dans l'axe, l'œil ne perd pas l'oiseau et l'on enchaîne plus vite le deuxième tir. Ils participent à l'agrément du fusil, même avec les charges de 36 à 40 grammes tirées en action de chasse.
Sur le terrain
Au poste, la finition noire mate ne renvoie aucun reflet, même dans la lumière rasante du lever du jour : un détail qui compte face à des canards méfiants.
Au stand, nous l'avons d'abord nourri de cartouches de 24 et 28 grammes. Rien à signaler : fidèle à la technologie Benelli, le Cordoba digère tout, des charges légères de parcours jusqu'aux magnums.
La vivacité d'un fusil de sport, l'endurance d'un fusil de chasse
Sur le terrain, nous avons tiré des Winchester ZZ Canard en acier (plomb n° 4, 36 g) et des FOB Sweet Copper 12/76 de 40 g en cuivre doux. Aucun incident de fonctionnement. Les oiseaux tirés étaient déjà bien en plume, et certains à de belles distances. Le canon Advanced Impact et son suralésage, associés aux chokes Benelli fournis en ½ pour nos essais, ont fait un excellent travail.
C'est surtout l'équilibre qui marque. Avec à peine 3 kg sur la balance, le Cordoba reste léger, vif et très agréable, même avec des charges de 40 grammes : l'inertie et le Comfortech 3 font très bien leur office.