Un peu d'histoire pour commencer
Les premières versions du Lee-Enfield apparaissent dès 1895, mais la carabine a été mise en service au sein de l'armée britannique en 1907 et chambrée en .303 British. Son nom est une combinaison de celui de son inventeur, James Paris Lee, et de son principal lieu de production situé à Enfield, au nord de Londres.
Cette carabine rencontre un franc succès grâce à son système à verrou manuel efficace et simple d'utilisation. Lors de la Première Guerre Mondiale, le Lee-Enfield était le fusil à verrou le plus rapide du conflit. Il a d'ailleurs été le fusil le plus utilisé durant la Première Guerre Mondiale par l'armée britannique sous le modèle No.1 MK3. Le modèle Lee-Enfield No. 4 MK1, quant à lui, a été la version la plus utilisée pendant la Seconde Guerre Mondiale par l'armée britannique.
La carabine Lee-Enfield sera par la suite rechambrée en 7,62 x 51 mm OTAN et transformée en ce qui deviendra le L42A1, et continua de servir dans l'armée britannique jusqu'à sa mise hors service définitive dans les années 1980.
Dans cet article nous allons décrire plus précisément la version N°4 Mk 1/2 (T) de la carabine Lee-Enfield. Cette version était destinée à être la principale arme de précision de l'armée britannique et du Commonwealth pendant la Seconde Guerre Mondiale. Notez que la lettre « T » signifie « Telescope » pour une traduction en français de lunette de tir ou optique.
Historique de l'arme présentée : Lee-Enfield No. 4 Mk 1/2, optique No. 32 Mk II (T)
Cette carabine en particulier a été construite au Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il s'agit à l'origine d'un No. 4 Mk 1 (entre 1942-1944) converti en sniper en 1944 par la firme Holland & Holland et amélioré en modèle No. 4 Mk 1/2 (T). En 1962, cette arme se retrouve en Inde (pays faisant partie du Commonwealth britannique) au sein de la firme de Rifle Factory Ishapore (RFI) pour y être rénovée / remise à neuf.
Cette arme a également été utilisée à la fin de la WWII (entre 1942-1945), puis dans la guerre indo-pakistanaise de 1965, ainsi que dans la guerre indo-pakistanaise de 1971. Dans les années 1980, cette arme fut importée par un importateur d'armes militaires d'occasion aux États-Unis, Century Arms International, pour être vendue sur le marché civil américain. Elle s'est retrouvée sur une vente aux enchères à Vienne en 2020 pour arriver ensuite sur le marché civil en France en 2022, puis finalement entre mes mains en 2026.
Les différentes versions
- Lee-Enfield MK I (No.1 MK 1) : 1895 ; C'est la toute première version du Lee-Enfield, aussi appelé « Long Lee », version avec canon long de 76cm.
- Lee-Enfield Cavalry Carbine : Version plus courte destinée à la cavalerie.
- Lee-Enfield MK II (No.1 MK 2) : 1906 ; C'est une version intermédiaire qui n'a pas beaucoup été produite.
- Lee-Enfield modèle Mark III (No.1 MK III) : 1906 ; C'est une version conçue pour la guerre. Son allure particulière lui a valu le surnom de « nez de cochon ». C'est la version standard de l'armée britannique pendant une grande partie de la Première Guerre Mondiale. Le chargeur est composé de 10 cartouches qui sont chargées par deux lames chargeurs de 5 cartouches. En 1916, une version simplifiée a été produite afin de produire plus rapidement ce modèle. On reconnaît cette version dans son marquage car une étoile y est rajoutée. Longueur canon 640mm. Longueur totale : 1130mm. Trappe dans la crosse pour un kit de nettoyage. Poids : 3,9 à 4 kg.
- Lee-Enfield No. 1 Mk 5 : 1926 ; Un programme d'essai pour produire des carabines dans diverses configurations. Ce programme avait cinq objectifs d'améliorations : Renforcer le boîtier, simplifier la fabrication, améliorer la précision intrinsèque, améliorer la précision par la visée et d'améliorer l'efficacité de la baïonnette.
- Lee-Enfield No.4 Mk 1 : 1939 ; Nouveau standard de l'armée britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale : canon plus lourd, viseur à œilleton, arme plus facile à produire et de meilleure précision. Longueur totale : Environ 44,5 pouces (1130 mm). Poids : Environ 4,1 à 4,2 kg. Longueur canon 640mm. Longueur totale 1130mm.
- Lee-Enfield Rifle No.5 Mk 1 : 1943, l'idée d'un fusil plus compact destiné aux unités britanniques opérant dans des environnements denses et hostiles, comme la jungle du théâtre Pacifique, a mené au développement du No.5 Mk I, connu sous le surnom de « Jungle Carbine ». L'objectif était d'alléger et de raccourcir le célèbre fusil britannique tout en conservant la puissance de feu de la munition .303 British. Carabine adoptée en septembre 1944 par l'armée britannique.
- Lee-Enfield N°4 Mk 1 (T) : (Version Sniper T - Telescope) : février 1942 ; cette version était basée sur les fusils d'infanterie standard No. 4 Mk 1. La carabine No. 4 Mk 1 (T) était dotée d'un appui-joue en bois. À partir de septembre 1942 la conversion avec l'optique sera confiée à Holland & Holland (environ 12 100 unités) et à la RSAF Enfield. Les versions N°4 Mk 1/2 (T) ont reçu une amélioration spécifique, entre autres, sur la queue de détente.
Principales firmes fabriquant les Lee-Enfield No.4 Mk
- Royal Small Arms Factory (RSAF) Enfield, Londres, Royaume Uni (c'est l'usine qui donna son nom au fusil).
- Birmingham Small Arms Company (BSA), Shirley, Royaume Uni.
- ROF(M) : Royal Ordnance Factory Maltby, Royaume Uni.
- ROF(F) : Royal Ordnance Factory Fazakarley, Royaume Uni.
- Savage Arms ; Massachusetts, États-Unis.
- Longbranch Arsenal ; Ontario, Canada.
Le boîtier de culasse
Le système Lee-Enfield repose sur un verrou coudé à verrouillage arrière (deux tenons à l'arrière du verrou) conçu par James Paris Lee. Contrairement au Mauser par exemple (tenons à l'avant), ce choix offre plusieurs avantages en conditions réelles :
- Le système de verrouillage arrière permet ainsi que le sable, la saleté ou la boue ont moins de chance de bloquer le mécanisme.
- L'action d'armer en fermant la culasse est plus fluide et plus facile à effectuer même avec des gants.
- L'alimentation par chargeur de 10 coups et/ou cartouche par cartouche par le dessus de la munition .303, qui, rappelons-le, est une cartouche à bourrelet ; bourrelet qui aide au positionnement de celle-ci lors de son introduction dans la chambre.
Le mécanisme « cock-on-closing » dit aussi « armement en fermant la culasse » est l'une des caractéristiques clés du système Lee-Enfield qui explique en grande partie sa rapidité de tir exceptionnelle.
En comparaison au Mauser, ou encore au Springfield qui avaient tous deux un mécanisme « cock-on-opening » où le percuteur est armé pendant l'ouverture de la culasse.
Le mécanisme « cock-on-closing » fonctionne ainsi : Après le tir, le percuteur est déjà armé. On ouvre la culasse (éjection), on pousse le verrou vers l'avant (la nouvelle cartouche monte du chargeur). En continuant de tourner le levier vers le bas pour verrouiller, une rampe dans la boîte de culasse repousse le percuteur en arrière, compressant le ressort. Au verrouillage complet, le percuteur est armé et retenu par la gâchette.
Dans la mesure où le mouvement est plus fluide et naturel, le tireur peut enchaîner rapidement les tirs. C'est ce qu'on a appelé le « Mad Minute » : un tireur entraîné peut tirer 20 à 30 coups par minute avec cette carabine.
Notez cependant qu'il se peut que vous rencontriez un souci avec les Lee-Enfield (ce qui m'est arrivé une fois) : La culasse se bloque quand elle est en demi-armé (position fermée), le levier de culasse ne bouge plus, la détente lâche et la sûreté ne fonctionne plus.
Afin de remédier à cela : il faut tout simplement mettre la sécurité en position feu (poussée vers l'avant). Saisir fermement la partie arrière saillante de la culasse (la languette derrière le levier) et la tirer fortement vers l'arrière jusqu'à ce qu'elle « clique » en position pleinement armée. Là, le levier de culasse peut à nouveau bouger.
La crosse
Les crosses Lee-Enfield sont faites en bois de hêtre ou noyer selon les fabricants et les périodes de fabrication. La version sniper N°4 Mk 1/2 (T) possède un appui joue que les autres versions n'ont pas. Cet appui joue est ajouté sur le côté gauche de la crosse et il est fixé par deux vis. Ainsi l'élévation de celle-ci permet un alignement correct de l'œil avec la lunette No. 32 qui elle-même est décalée sur le côté gauche de l'arme.
À l'arrière de la crosse se trouve une petite trappe qui s'ouvre pour ranger le kit de nettoyage de campagne.
La détente
La détente des Lee-Enfield s'effectue en deux étapes : pourvu d'une première course assez longue mais légère jusqu'à arriver à un poids un peu plus dur, plus court, qui déclenche le tir. La détente totale est comprise entre 1,8 et 2,7 kg.
Les détentes des versions N°4 Mk 1/2 (T) ont été affinées par la firme Holland & Holland qui ont poli et ajusté les pièces du mécanisme (gâchette, chien, etc.) pour obtenir un départ plus net, plus propre et plus prévisible, sans grattement.
La sécurité
Le Lee-Enfield est équipé d'un levier de sécurité situé sur le côté arrière gauche du boîtier de culasse. Pour activer la sûreté, on ramène ce levier vers la crosse : il verrouille alors le percuteur et bloque la détente.
Pour désactiver la sécurité, on ramène simplement le levier vers l'avant.
Attache sangle
Il y a trois attaches sangles sur les Lee-Enfield No. 4 Mk I (T), la première se trouve sur le dessous de la crosse, la seconde sur le milieu du fût, au niveau de la garniture, et la troisième, située sous le bois, juste devant le chargeur. Cette dernière attache sangle étant une spécificité de cette version.
Les organes de visée
Cette version possède des organes de visée mécaniques « de secours » en cas de problème avec l'optique : Un œilleton et un guidon standard à lame (protégé par des oreilles).
Optique
Le choix de sélection des fusils N°4 Mk 1/2 (T) pour les transformer en (T) étaient sélectionnés pour leur précision exceptionnelle lors des tests d'usine de la Royal Small Arms Factory d'Enfield : 7 impacts sur 7 devaient se trouver dans un cercle de 12,7 cm à 180m (200 yards), et 6 impacts sur 7 devait finir dans un cercle de 25cm à 365m (400 yards).
Afin de pouvoir accueillir l'optique, un montage vissé et soudé sur le côté gauche de la boîte de culasse était ajouté pour recevoir la lunette avec deux leviers de verrouillage rapide.
La lunette de visée n° 32 Mk II à grossissement fixe de 3,5x était très avancée pour son époque. La lunette et son montage étaient conçus pour conserver leur réglage même après avoir été démontés et remontés sur la carabine.
La lunette étant décalée sur le côté gauche de l'arme, cela ne gêne pas le chargement par le haut.
Le chargeur
Le chargeur de 10 coups est détachable de l'arme, concept très moderne et nouveau à cette époque. Le chargement du fusil Lee-Enfield sur la grande majorité des versions comme celle présentée ici, pouvait se faire par le haut à l'aide de lames-chargeurs.
Le canon
Les canons du N°4 Mk 1/2 (T) sont faits en acier au carbone de qualité canonnière, traité thermiquement et ont une longueur de 640mm. Les canons sont lourds assurant une meilleure précision que son prédécesseur No.1 Mk III qui avait un canon plus léger. Le choix d'un canon lourd améliore la stabilité des tirs ainsi que la stabilité thermique grâce à l'épaisseur de canon.
Le canon est « flottant », il n'est en contact avec le fût qu'au niveau de la boîte de culasse pour une meilleure précision. Les rayures de celui-ci sont généralement de 5 sur les exemplaires britanniques. Notons que les versions canadiennes (Long Branch) ou américaines (Savage) pouvaient avoir 2, 5 ou 6 rayures selon les périodes de production.
Le pas de rayure est de 1:10, torsion à gauche, pas typique des Lee-Enfield.
Marquage
On peut voir différents marquages sur cette carabine dont les marquages suivants :
- Sur la garniture, côté droit, le marquage suivant est gravé : F.R. 1962 F.R.I correspondant à Factory Repair (réparation / révision en usine), l'année de la réparation, et la firme indienne ayant fait la réparation, « Rifle Factory Ishapore ».
- Sur l'optique : « TEL SIGHTING, N 32 M II, OS.1650A, 1944 N: 16026 » : « TEL SIGHTING » représente l'abréviation militaire britannique pour Telescopic Sighting (Visée télescopique) ; « N 32 M II » est le nom de la lunette standard, modèle numéro 2 ; « OS.1650A » est le code nomenclature du fabricant britannique ; « 1944 », l'année de production de la lunette ; « 16026 » est le numéro de série de la lunette, on retrouve ce même numéro sur la crosse en bois de l'arme.
La munition
La munition .303 British est une cartouche à bourrelet adoptée en 1888 pour le Lee-Metford (initialement avec poudre noire). Elle fut ensuite adaptée à la poudre sans fumée (Cordite) à partir de 1892, et largement utilisée avec cette nouvelle poudre dès l'adoption du Lee-Enfield en 1895.
Cette munition est un parfait compromis entre puissance de feu et précision, cependant de manière générale elle a tendance à encrasser les canons dans sa version « surplus ».
Démontage de l'arme :
Retirer le chargeur en appuyant sur le levier à l'avant du pontet. Vérifier que la chambre est vide (ouvrir la culasse et inspecter visuellement). Relever les deux leviers de verrouillage rapide de la lunette No.32 pour la retirer de son montage (recommandé avant de démonter la culasse). Ouvrir ensuite la culasse vers l'arrière, et appuyer sur le levier de culasse situé sur le côté gauche de la boîte de culasse et tirer la culasse complètement vers l'arrière. Faire pivoter la tête de culasse vers le haut à 90° et la sortir. Nettoyer la culasse, le canon, la chambre et le fût afin d'enlever les résidus de poudre sur celui-ci.
Pour remonter l'arme, effectuer les opérations dans l'ordre inverse du démontage.
En stand de tir
La carabine Lee-Enfield N°4 Mk 1/2 (T) offre une très bonne prise en main et une mise en joue rapide. Le positionnement de l'appui-joue permet de placer naturellement l'œil dans l'axe de l'optique, ce qui m'a surpris pour une arme en bois qui a un certain âge.
Sa détente en deux temps est particulièrement agréable, car elle n'est ni trop dure, ni trop légère.
Par contre, niveau recul, la version N°4 Mk 1/2 (T) n'a pas énormément de recul du fait que son canon est lourd et le poids important de la carabine absorbe en partie le recul malgré une munition assez véloce.
