Un peu d’histoire pour commencer
Le FR-F1, de l’acronyme « Fusil à répétition modèle F1 », a été fabriqué par la Manufacture d’armes de Saint-Étienne (MAS), devenue plus tard GIAT Industries. Dans les années 1960, l’armée française prend conscience des limites des versions « sniper » du MAS 49/56 : des armes semi-automatiques qui manquent de la précision et de la régularité nécessaires pour un tir d’élite efficace.
En 1964, le général Charles Ailleret charge l’état-major de l’armée de terre de développer une carabine de précision dédiée uniquement au tir de précision. Les études sont donc confiées à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne, qui s’appuie sur l’expérience des tireurs sportifs militaires et civils pour mettre au point la première réelle carabine de précision française. Après une série de prototypes nommés FR-P (« P » pour « prototype »), l’arme est adoptée le 5 mars 1965 et mise en service dès 1966 sous la dénomination FR-F1, conçue pour la cartouche de 7,5 × 54 mm modèle 1929C. La carabine FR-F1 a ensuite connu des conversions en 7,62 × 51 mm OTAN. Environ 5 000 à 6 000 exemplaires ont été produits.
Le fusil à verrou équipe d’abord l’armée de terre, la marine, la gendarmerie et enfin le GIGN. Notons que ce fusil participe à de nombreuses opérations pendant son service : Tchad, fin des années 1970, prise d’otages de Loyada à Djibouti en 1976 (où des tireurs du GIGN éliminent simultanément les preneurs d’otages), opération Lamantin en Mauritanie en 1977 et bataille de Kolwezi au Zaïre en mai 1978. Il est également utilisé lors de différents conflits au Liban et lors de la guerre du Golfe.
En 1986-1989, la plupart des FR-F1 sont convertis ou remplacés par le FR-F2, mieux adapté au calibre .308 Win OTAN et doté d’une amélioration thermique autour du canon.
Dans cet article, nous allons vous détailler l’histoire de ce fusil, ses variantes et l’ensemble de ses composantes techniques, afin de fournir une vision complète de cette arme emblématique.
Les différentes versions du FR-F1
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La version A : c’est le modèle militaire standard destiné aux tireurs d’élite. Elle est équipée de la lunette APX L806 modifiée, d’un bipied rabattable à branches télescopiques et d’un poids de détente de 2 à 2,5 kg.
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La version B « Tir sportif » : c’est la version destinée à la compétition militaire. Elle dispose d’une hausse micrométrique à œilleton, d’un guidon sous tunnel avec éléments interchangeables et d’un poids de détente plus léger de 1,5 à 1,9 kg ; pas de bipied. Certains exemplaires sont sélectionnés parmi les meilleurs de la version A.
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La version C « Grande chasse » : c’est une version qui est restée au stade de projet. Elle devait être chambrée en calibre civil pour la chasse et le tir sportif, avec possibilité de montage de lunette et un poids de détente de 2 à 2,5 kg.
La crosse, le boîtier de culasse et le upper
La crosse du FR-F1 est en bois de noyer ; elle intègre une poignée-pistolet et un appui-joue en caoutchouc de série qui s’emboîte sur le dessus de la crosse. Deux hauteurs d’appui-joue sont possibles, soit 8 mm de haut, soit 17 mm de haut, selon les besoins, afin de s’adapter à la morphologie du tireur. La longueur de la crosse est ajustable grâce à un système de cales (rallonges) placées entre la crosse et la plaque de couche caoutchoutée. Les longueurs typiques vont de 345 mm (sans cale) à 405 mm (deux rallonges). Pour ajouter ou enlever une rallonge de crosse, il faut tout simplement dévisser la vis de la plaque de couche, ajouter une rallonge et revisser.
Le FR-F1 est une arme à répétition, à culasse calée. Le boîtier de culasse est dérivé de celui du MAS 36, mais il est renforcé et épaissi pour limiter la flexion lors du tir et améliorer la précision. Les tenons de verrouillage sont situés à l’arrière (comme sur le MAS 36) : lors du fonctionnement du boîtier de culasse, les tenons assurent une poussée de la culasse vers l’avant durant la fermeture, garantissant ainsi un positionnement optimal de la cartouche.
Le boîtier du FR-F1 ne possède pas d’encoche pour le chargement par lame-chargeur et présente une fenêtre d’éjection à droite plus petite que celle du MAS 36.
La culasse mobile du FR-F1 comprend le corps de culasse et le bouchon de culasse, le percuteur et son ressort ainsi que l’extracteur.
Notons cependant que, même si le boîtier de culasse est dérivé de celui du MAS 36, les pièces ne sont pas interchangeables avec le MAS 36, même si le principe reste proche.
La poignée et le garde-main
La poignée-pistolet en bois est large, légèrement inclinée vers l’arrière et striée à l’avant pour une prise ferme. Elle est adaptée à différentes morphologies et comporte un logement pour le pouce. Le garde-main est un monobloc en bois, relativement court et épais. L’axe du bipied traverse ce garde-main, assurant une liaison solide. Le bipied métallique, non pendulaire (contrairement au FR-F2), se replie et dispose de branches télescopiques verrouillables. Il est placé en position médiane, près du centre de gravité.
La détente
Le mécanisme de détente est un système à deux temps (à bossette), réglable, avec tout d’abord une course libre relativement longue et légère, ensuite une résistance nette (la bossette), puis le départ du coup.
Le mécanisme de détente du FR-F1 se compose de la détente à bossette, de la gâchette et de son ressort, de l’éjecteur et de son ressort. La détente peut être immobilisée par la sûreté pivotante.
Le poids de détente du FR-F1 version A se situe entre 2 et 2,5 kg ; pour la version B, il se situe entre 1,5 et 1,9 kg.
La sûreté
Afin d’engager la sûreté de l’arme, il faut rabattre le levier de sûreté vers le bas, levier situé à l’arrière de la détente.
Le FR-F1 est le premier fusil de précision français à disposer d’une sûreté manuelle (les adaptations antérieures du MAS 49/56 n’en avaient pas de façon aussi intégrée).
Attaches de sangle
Une attache-grenadière est située à l’avant (sur le fût ou le bipied) et une seconde à l’arrière de la crosse.
Le fusil de précision est doté d’une bretelle et de sa gaine de transport en tissu vert olive.
Organes de visée et optique
Le FR-F1 version A est équipé d’une lunette APX L806 Mle 53 avec un grossissement de 3,85 (APX pour fabrication de l’Atelier de Puteaux), avec un réticule à pointe de visée, montée sur un support à démontage rapide qui conservait le zérotage de l’arme et qui était donc plus facile pour le rangement dans sa housse de transport.
Le chargeur
L’alimentation est faite par un chargeur amovible en acier de dix cartouches. Un sabot de caoutchouc est placé sur la partie basse du chargeur pour faciliter sa manipulation et réduire le bruit de la pose de l’arme au sol.
Pour démonter le chargeur, il faut retirer le sabot en caoutchouc, tenir le chargeur à l’envers, soulever la languette de la semelle à l’aide de la lame-tournevis du crochet éjecteur et la chasser vers l’extérieur tout en maintenant le ressort élévateur pendant sa décompression (sinon, il risque de vous sauter de façon violente au visage). Retirez le ressort et la planche élévatrice. Le remontage du chargeur s’effectue dans le sens inverse du démontage.
Le canon
Le canon possède quatre rayures à droite, avec un pas de rayure de 300 mm (soit un tour en 300 mm). Il est lourd et monté de manière « flottante », c’est-à-dire qu’il ne touche pas le garde-main, ce qui évite les perturbations vibratoires lors du tir et améliore grandement la régularité des groupements.
Le profil du canon est relativement léger, ce qui a l’avantage de réduire le poids du canon, mais, d’un autre côté, cela impacte directement la chauffe du canon, plus rapide lors de tirs soutenus.
Le canon est surmonté d’un cache-flamme à quatre ouïes, réglable en deux parties. Ce cache-flamme absorbe les vibrations et réduit le flash lors du tir. Les ouïes doivent être alignées avec les rayures du canon pour de meilleurs groupements.
Bipied
Le FR-F1 est muni d’un bipied à ouverture rapide ; chacune de ses branches est réglable, permettant de faire varier leur hauteur de façon indépendante et ainsi de corriger le dévers si besoin.
Marquage
Les marquages typiques du FR-F1 incluent le numéro de série sur le boîtier de culasse, le calibre et des poinçons d’épreuve (Banc d’épreuve de Saint-Étienne).
Sur le côté gauche, le marquage « STERNA » figure sur l’arme présentée ici en photo. Ce marquage fait référence à l’armurier « STERNA », collectionneur de renom, qui a acheté des lots d’armes et de pièces déclassées ou réformées et qui a ensuite rechambré le canon pour pouvoir les vendre sur le marché civil.
La munition
Le calibre d’origine est le 7,5 × 54 mm modèle 1929C, munition réglementaire française de l’époque. La portée pratique est de 600 à 800 mètres. De nombreuses armes ont été converties au 7,62 × 51 mm, compatible OTAN, dans les années 1980 pour des raisons de standardisation.
Démontage de l’arme
Avant tout démontage d’une arme, vérifiez que celle-ci est bien démunie de toute munition et de son chargeur.
Retirez pour commencer l’appui-joue. Pressez à fond sur la détente et retirez la culasse vers l’arrière en poursuivant le mouvement d’ouverture. Saisissez à présent le levier de culasse de la main gauche, appuyez la tranche avant sur une pièce en bois ou tout autre support solide, exercez avec le pouce de la main droite une forte poussée sur le bouchon de culasse et simultanément, faites-le pivoter d’un quart de tour vers la droite de façon à amener la lettre « D » (pour « démontage ») face à la base du levier.
Enlevez à présent le percuteur en faisant glisser son talon dans la rainure aménagée sur la culasse.
Vous pouvez maintenant procéder au nettoyage de l’arme (culasse, chambre, percuteur, canon), puis remonter celle-ci dans le sens inverse du démontage.
En stand de tir
En stand, le FR-F1 se révèle une arme précise et agréable avec son bipied et sa crosse ajustable qui facilitent le tir en position couchée, notamment. Mon FR-F1 étant recanonné en .308 Win, il groupe parfaitement à 200 m sans souci.
Le canon chauffe facilement lors de tirs soutenus et, de ce fait, impose des temps d’arrêt (contrairement au FR-F2 qui possède un manchon thermique autour du canon).
Avec lunette, la précision est de quasi trou dans le trou à 200 m. Pour des tirs à 600 m, les groupements sont également très concluants pour une arme de précision qui a plus de 60 ans.