Un peu d’histoire pour commencer
Le nom « FAMAS » est l’acronyme de « Fusil d'Assaut de la Manufacture d'Armes de Saint-Étienne », également appelé FAMAS F1 pour sa version initiale.
Dans les années 1960, l’armée française faisait face à l’arrivée massive de l’AK-47 sur les théâtres d’opérations extérieurs et face à l’hypothétique menace soviétique en Europe. Les armes en service au sein des unités françaises de l’époque, comme le MAS 49/56 en 7,5 × 54 mm et le pistolet-mitrailleur MAT 49 en 9 mm, n’étaient donc plus adaptées.
En 1967, sous la direction de Paul Tellié et de l’ingénieur Alain Coubes de la Manufacture d’armes de Saint-Étienne, est lancé le projet d’un fusil d’assaut moderne en calibre 5,56 × 45 mm OTAN.
Le choix du concept nommé « bullpup » s’impose pour allier puissance de feu et compacité : ce concept situe le mécanisme et le chargeur de l’arme derrière la détente (dans la crosse). Le système de fonctionnement retenu du FAMAS est une culasse non calée à levier amplificateur d’inertie, inspirée de la mitrailleuse AA-52. Les premiers prototypes (série A) voient le jour en 1971 et, après des essais intensifs, le FAMAS F1 est adopté en 1978 et mis en service à partir de 1979 au sein de l’armée française.
On compte plus de 400 000 exemplaires du F1 produits jusqu’aux années 1990. Le FAMAS F1 connaît son baptême du feu lors de l’opération « Manta » au Tchad en 1983. Il sera ensuite vendu à plus d’une vingtaine de pays.
Les différentes versions militaires du FAMAS sont progressivement remplacées depuis 2017 par le fusil d’assaut allemand HK416F de chez Heckler & Koch.
Le MAS 222 chambré en .222 Remington, quant à lui, est la version semi-automatique du FAMAS, destinée au marché français civil, produite dans les années 1980-début 1990. C’est principalement de cette version destinée aux tireurs sportifs que nous allons vous parler ici.
Les différentes versions
- - FAMAS F1 : (Version militaire) : Version initiale avec chargeurs propriétaires de 25 coups, 5,56 × 45 mm, un pas de rayure 1:12 et un canon de 488 mm. Le FAMAS F1 permet le tir en rafale et le lancement de grenades.
- - FAMAS G1 : (Version militaire) : Version intermédiaire avec garde de détente élargie.
- - FAMAS G2 : (Version militaire) : FAMAS F1 modernisé dans les années 1990 (adopté notamment par la Marine). Cette version est compatible avec des chargeurs STANAG (contrairement aux versions F1 et G1). Il possède un pas de rayure 1:9 et un garde-main intégral.
- - FAMAS Commando (Version militaire) : Le canon de cette version est plus court afin de permettre une meilleure manipulation et de réduire le poids lors de son utilisation.
- - FAMAS Félin (Version militaire) : Projet lancé en 1995, cette version permet l’adaptation au système de fantassin équipé FELIN (Fantassins à Équipements et à Liaisons Intégrés).
- - FAMAS valorisé : (Version militaire) : Cette version est un mix avec la partie supérieure du Félin, son rail Picatinny, tout en conservant la partie inférieure du FAMAS F1. Ce qui permet d’ajouter des optiques, lasers et autres accessoires modernes, ce que les versions F1 n’offraient pas.
- - MAS 222 (Version semi-automatique civile pour le marché français produite dans les années 1980 et ce jusqu’en 1992) : Le MAS 222 est chambré en .222 Remington avec un canon allongé à 570 mm (contre 488 mm pour le FAMAS F1), en semi-automatique uniquement, chargeurs de 25 coups, puis 10 coups.
- - MAS .223 (version semi-automatique civile destinée à l’export : États-Unis et Canada) : Cette version est chambrée en .223 Remington, en semi-auto uniquement. Environ 200 à 250 fusils MAS .223 ont été importés aux USA par Century Arms avant 1989.
La crosse, le boîtier de culasse et le upper
Le MAS 222 reprend l’essentiel de l’architecture du FAMAS F1 tout en étant adapté aux contraintes civiles :
Le FAMAS / MAS 222 est construit autour d’une boîte de culasse en alliage d’aluminium usinée, protégée par une carcasse en polymère renforcé de fibre de verre (nylon).
L’arme est un bullpup intégral : son mécanisme et son chargeur se trouvent derrière la détente (dans la crosse). Le boîtier de culasse accueille le système de culasse non calée à ouverture retardée par levier amplificateur d’inertie inventé par Paul Tellié.
L’ensemble du MAS 222 est de ce fait relativement compact dans la mesure où le canon et le mécanisme viennent en partie dans la crosse et, de ce fait, facilitent le transport et sa manipulation en stand.
Le MAS 222 est exclusivement produit en semi-automatique, sans mode rafale de trois coups ni mode automatique. C’est une des principales différences avec les versions militaires du FAMAS.
L’arme est ambidextre dans la mesure où la fenêtre d’éjection est configurable à gauche ou à droite, après avoir inversé l’obturateur et l’extracteur ainsi que l’appui-joue. Les militaires français surnomment « tête de Mickey » l'ensemble des pièces « tête amovible + éjecteur + extracteur + obturateur » du FAMAS car, vues de face, ces pièces ressemblent à la tête de Mickey Mouse de Disney.
La crosse du FAMAS / MAS 222 est fixe, en polymère, avec une plaque de couche en caoutchouc antidérapant. Un appui-joue amovible et réversible permet l’adaptation aux tireurs droitiers ou gauchers.
La poignée et garde-main
Le garde-main inférieur, au niveau du fût, intègre la poignée pistolet (creuse, pouvant recevoir une huileuse) et le pontet.
L’arcade du pontet du MAS 222 est du type FAMAS F1 (en tôle, pivotante), ce qui permet le tir avec des gants en la faisant pivoter. Sur les versions FAMAS G1/G2, le pontet est large et fixe (protégeant toute la main).
La poignée garde-main (PGM) supérieure protège les organes de visée et sert également de poignée de transport, si caractéristique du FAMAS. Le garde-main accueille le bipied repliable, directement solidaire de l’arme. Sur les versions modernisées ou civiles comme mon exemplaire, la poignée garde-main supérieure peut recevoir un rail Picatinny, permettant le montage d’optique. On l’appelle alors PGMP (Poignée Garde-Main Polyvalente).
À l’avant, sous le garde-main, j’ai ajouté un adaptateur avec un rail afin de pouvoir y ajouter des accessoires comme une poignée ou encore une lampe.
La détente
La détente du MAS 222 est issue de la détente militaire du FAMAS, avec un poids de départ généralement dur, ce qui, de fait, est tout à fait normal pour une arme dont la détente est d’origine militaire. La course est progressive mais avec un point dur.
Néanmoins, pour le tir sportif, la détente peut être améliorée auprès d’un armurier.
Évacuation des gaz
Le FAMAS / MAS 222 fonctionne selon le principe de la culasse non calée à ouverture retardée par levier amplificateur d’inertie (système Tellié). Il n’y a pas de système à gaz classique (pas de piston ou d’emprunt de gaz direct comme sur un AR-15). L’énergie des gaz de propulsion agit directement sur la culasse, dont l’ouverture est retardée mécaniquement.
La chambre est cannelée pour faciliter l’extraction des étuis en .222 Remington. Ce système est fiable avec des munitions adaptées, mais reste sensible à la qualité des cartouches et à l’entretien de l’arme.
La sécurité
La sécurité du MAS 222 est manuelle. Il s’agit d’un sélecteur rotatif situé à l’intérieur du pontet (devant la queue de détente), qui permet de bloquer la détente.
Attache sangle
Le MAS 222 dispose de quatre points d’attache pour la sangle : deux à l’avant (de chaque côté du garde-main) et deux de chaque côté à l’arrière de la crosse.
Les organes de visée
Les organes de visée d’origine sont constitués d’un guidon à l’avant du canon et d’un cran de mire arrière (dioptre ou ouvert) protégés par la grande poignée de transport.
La hauteur de la ligne de mire est relativement élevée en raison de la configuration bullpup et de la poignée de transport.
Optique
Sur mon MAS 222, la poignée de transport permet le montage d’optiques via des rails Picatinny, sur lesquels j’ai monté une lunette de la marque Focuhunter 4x33.
Le chargeur
Le MAS 222 utilise des chargeurs droits propriétaires en aluminium de 25 coups dérivés du F1. Le G2, quant à lui, accepte les chargeurs courbes STANAG de 30 coups (type M16) en 5,56 × 45. L’insertion du chargeur se fait par le bas juste derrière la poignée-pistolet.
À noter que le chargeur du MAS 222 peut être alimenté par des barrettes de chargement (nommées également lames-chargeurs).
Le canon
Le canon mesure 488 mm pour la version FAMAS F1 et 570 mm pour la version MAS 222. La chambre est cannelée.
Pour le MAS 222, le pas de rayure est adapté au calibre .222 Remington avec un filetage de 1:12, afin d’être optimisé pour les ogives légères (50-55 grains).
Marquage
Mon exemplaire porte sur le côté droit, près du puits de chargement, le marquage « MAS .222 », avec le numéro de série en dessous. Sur le côté gauche de l’arme (également près du puits de chargement), le marquage suivant est apposé : MANUFACTURE NATIONALE D’ARMES DE SAINT-ÉTIENNE – MADE IN FRANCE. De ce fait, rien qu’en regardant les marquages sur l’arme, on retrouve donc le modèle, le calibre et la firme française qui l’a produite.
La munition
La munition .222 Remington (5,56 × 43,2 mm environ) est une cartouche de précision réputée, introduite en 1950. Elle propulse des ogives de 40 à 55 grains à des vitesses de l’ordre de 900-1 000 m/s selon les chargements et les marques. Elle offre un excellent compromis précision, faible recul et efficacité, aussi bien pour le tir sportif que pour la chasse au petit gibier.
À noter que ce calibre est moins puissant que le .223 Remington qui est de facto la munition associée aux fusils d’assaut tels que les plateformes AR15.
Démontage de l’arme
Le démontage du fusil MAS 222 / FAMAS est relativement simple mais demande cependant tout de même d’être méthodique :
Avant de commencer, vérifier que l’arme est déchargée et dépourvue de chargeur et de munition.
Commencer par retirer les goupilles de fixation du boîtier de mécanismes et extraire celui-ci vers l’arrière. Retirer la crosse en la faisant coulisser vers l’arrière et ensuite retirer l’ensemble mobile (culasse et levier amplificateur). Si nécessaire, retirer la poignée garde-main et le fût.
Nettoyer ensuite soigneusement le canon, la chambre cannelée, la culasse et les autres éléments du mécanisme.
Le remontage se fait dans l’ordre inverse.
Un entretien régulier de la chambre et du mécanisme est essentiel en raison du système à ouverture retardée.
En stand de tir
En stand, le MAS 222 se révèle une arme vraiment agréable de par son recul très faible, lié à la munition .222 REM. Sa compacité facilite le maintien et la stabilisation de l’arme lors des tirs. Cette stabilité est encore renforcée par le bipied intégré.
Sa conception bullpup demande une certaine adaptation, notamment au niveau de l’appui-joue, du positionnement de la tête qui reste assez droite et du positionnement de la main avant dans la mesure où les organes de visée sont positionnés plus haut que ceux d’un fusil d’assaut comme un AR15.
Il est également indispensable de vérifier le sens d’éjection et de s’assurer que l’arme a bien été configurée en droitier ou en gaucher selon le tireur lors du remontage de l’arme.
Le FAMAS reste une réussite technique française originale. Son architecture bullpup, son système de fonctionnement unique et sa robustesse en ont fait une arme fiable pendant des décennies d’engagements opérationnels. Bien qu’il soit aujourd’hui remplacé par des modèles plus modulaires et adaptés aux optiques modernes, le FAMAS/MAS 222 demeure une pièce rare, recherchée par les collectionneurs et les tireurs sportifs pour son originalité et son lien direct avec l’armée française.