Histoire
À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l'Union soviétique va changer complètement son armement. Il y a bien sûr le célèbre fusil d’assaut AK-47, puis le fusil-mitrailleur RPD-44, la carabine SKS-45 que nous avons déjà présentée et, côté arme de poing : le pistolet Makarov. Le point important à noter est le changement de munition. En effet, le 7,62x25 Tokarev offre des performances surprenantes. Pour une balle d’environ 85 grains au noyau plomb, le projectile se déplace à 420 m/s dans un pistolet TT33 et jusqu’à 500 m/s dans un pistolet-mitrailleur PPS-43, offrant ainsi une perforation élevée, mais au détriment d’une puissance qu’il est plus contraignant de dompter dans un pistolet : le Tokarev TT33 souffrait bien souvent de casses sur le terrain. Or, le constat est le suivant : si le 7,62x25 était une bonne munition de pistolet-mitrailleur, elle n’était pas adaptée pour une arme de poing. Le rôle d’un pistolet pour les militaires reste secondaire et à usage de dernier recours : il n’est nul besoin de porter une arme tirant une cartouche aussi rapide. L’usage pour un policier sera aussi bien différent. C’est donc vers une nouvelle cartouche de conception totalement différente que les Russes vont se tourner.
C’est dans les années 1947 à 1948 que le 9x18 dit « Makarov » sera développé par un certain Boris Semin. Le profil de l’étui devient droit et la balle de 6,2 grammes est nettement arrondie, avec un noyau en fer doux enrobé de plomb et chemisé acier plaqué tombac. Résultat : une balle plus lourde et qui se déplace beaucoup moins vite : 315 m/s (la vitesse du son est de 340 m/s). L’objectif initial étant respecté, il s’agit surtout d’un calibre pour la défense personnelle du soldat, car le projectile dispose probablement d’un coefficient balistique exécrable (tout comme le 38 wadcutter, ce qui ne l'empêche pas de performer en cible…), mais il transfère bien mieux son énergie à la cible. Doit-on considérer le 9x18 Makarov comme une munition avec un bon pouvoir d’arrêt, analogue au 45 ACP américain ? C’est une bonne question qui mériterait une étude sérieuse… Quoi qu’il en soit, la nouvelle munition répond au cahier des charges soviétique initial : une cartouche à usage défensif militaire, mais aussi pour la police.
Un concours est lancé parmi les concepteurs russes pour accompagner le pistolet qui ira avec la nouvelle cartouche. On retrouvera des noms célèbres comme Tokarev, Simonov et Korovin, mais c’est un certain Nikolay Fedorovich Makarov qui gagnera le concours. Il fallait un pistolet plus compact, plus léger et plus fiable que le TT33. Le pistolet de Makarov est adopté officiellement en 1951 et équipera les forces armées comme la police. La cartouche de 9x18 permettait à Makarov de n’utiliser que le fonctionnement par culasse non calée, contrairement au 9x19 qui demande un verrouillage. Or, ce point permet de concevoir une arme en effet plus simple mécaniquement, et c’est une des forces du PM (Pistolet Makarov) : sa simplicité mécanique. Il est souvent jugé que l’arme soviétique a été copiée sur le Walther PP. En effet, la forme à l’avant du canon et le début du démontage y font penser. Il n’est pas interdit de penser que Makarov avait accès à un grand nombre d’armes à étudier, dont le pistolet allemand, et qu’il a pu en partie s’en inspirer. Cependant, le pistolet soviétique est beaucoup plus simple dans sa conception… et plus fiable ! Dans les deux cas, le pistolet tire en simple et double action, et le levier de sûreté sur le côté gauche de la culasse permet de désarmer le chien, pour rebasculer en double action après avoir chambré une cartouche et, on l’imagine parfaitement, pour le port dans un étui lors du service. Par contre, le chargeur d’une capacité de seulement 8 cartouches semble quelque peu obsolète.
Le pistolet Makarov est toujours en service dans l’armée russe, même s’il est officiellement remplacé par le MR-443 depuis 2003. Il est d’ailleurs toujours produit chez certains fabricants pour le marché civil. Il y a beaucoup d’exemplaires bulgares en vente sur le marché français et force est de constater que ces armes sont aussi bien fabriquées que les versions russes : les surfaces extérieures sont polies miroir et les canons sont chromés (important pour l’usage d’amorces corrosives). La poignée marron est en bakélite. On est loin de l’archaïque TT33. En plus de la Bulgarie, on peut noter dans les fabricants les Chinois, mais qui sont probablement les exemplaires à éviter au vu de la qualité de fabrication… Le pistolet Makarov connaîtra une évolution : le PMM (Pistolet Makarov Modernisé), présenté dans cet article, qui dispose d’un chargeur double pile et d’un renforcement pour tirer la 9x18 PMM (munition aux performances augmentées et atteignant 415 m/s, qui ne doit pas être tirée dans un Makarov standard). Il existe aussi une version avec silencieux intégré nommée PB, très efficace puisque la cartouche est d’emblée subsonique. Le pistolet a aussi été fabriqué en .380 court pour le marché civil. Enfin, on notera que le pistolet rafaleur Stechkin est l’autre arme de l’arsenal soviétique à lui aussi utiliser la cartouche de 9x18.
Démontage et fonctionnement
Le pistolet Makarov fonctionne simplement par culasse non calée, car la moyenne puissance de la cartouche de 9x18 lui permet de fonctionner ainsi, sans avoir recours au court recul du canon comme sur le 9x19 Parabellum. On peut observer certaines similitudes du Makarov avec celui du Walther PP/PPK : le début du démontage est identique et le ressort récupérateur est situé autour du canon, lui-même fixé à la carcasse. Cependant, si on ne peut nier une inspiration sur l’arme allemande, il ne faut pas oublier que cette configuration n’est pas unique au Walther PP et concerne aussi d’autres pistolets de la même époque.
Pour le démontage, le pistolet est très simple à manipuler. D’ailleurs, il ne possède que 31 pièces, contre 43 pour un pistolet bien plus moderne, le Glock. Voici une série de photos d’illustration pour vous indiquer le démontage du Makarov :
Le tir
Le Makarov est un pistolet compact et il tient bien en main. Il fonctionne en simple et double action. Cependant, autant l’annoncer tout de suite : le poids de départ de la double action, certes acceptable, ne sera pas compétitif pour du tir précis. Le tireur TAR préférera évidemment la simple action pour bénéficier d’une détente à la course assez longue et filante. Comme la plupart des armes russo-soviétiques, il n’y a pas de point dur et la course se poursuit jusqu’au moment du tir. On aime ou pas.
La poignée est assez confortable pour une arme militaire. Bien plus moderne que celle de son prédécesseur, le Tokarev TT33. Vous noterez que l’arme présentée au tir est un Makarov « amélioré », ou plutôt « modifié » puisqu’il s’agit d’un PMM (Pistolet Makarov Modifié), disposant d’un chargeur double pile de 12 cartouches, et donc avec une poignée plus large, qui nous semble tenir encore mieux en main.
Détail du bouton de chargeur
L’insertion du chargeur se fait sans grande difficulté, pas plus que d’amener la culasse en arrière pour armer le pistolet. Les organes de visée sont simples, basiques, mais parfaitement adaptés pour un tir sur une C50. La hausse est dérivable si besoin et, à notre connaissance, il n’existe pas de guidon de hauteur différente qui permettrait de caler le guidon sous le visuel noir de la cible.
Côté munition, il existe différentes marques sur le marché ainsi que des munitions de surplus hongroises, mais qui ont mauvaise réputation en cible. Les PPU « défense » (à pointe creuse) ou FMJ sont assez intéressantes, ainsi que les Sellier Bellot. Geco en propose aussi, mais elles ne convenaient pas dans notre pistolet. Il y aura donc un choix à faire et nous vous conseillons de tester vous-même les différentes marques pour que cela corresponde au mieux avec votre arme.
Côté sensations de tir, le 9x18 Makarov est plus doux et agréable que le 9x19 Parabellum, mais n’est pas anémique pour autant. Le manuel prévoit que le pistolet devait tenir un cercle de 15 cm à 25 m (soit le cercle 8 de la C50) et les résultats obtenus ont été dans ce sens, en enlevant les quelques fautes de la part du tireur… Il y a aussi la question du pays fabricant le pistolet : est-ce qu’une version bulgare sera moins intéressante qu’une version russe ? À notre connaissance, rien ne laisse penser que le modèle bulgare serait moins bien fini et donc moins précis en cible. Si vous avez la possibilité de tester l’arme avant d’acheter, c’est un plus. À noter qu’il est tout à fait possible de recharger le 9x18 puisque les jeux d’outils et les composants sont accessibles facilement et que cela permettra sans doute de gagner encore en précision.
Un levier de sûreté est situé sur le côté gauche de la culasse et, lors du tir à deux mains avec sa position basse, il peut potentiellement être gênant pour vous. Il sert aussi de levier de désarmement, comme par exemple sur un Beretta 92. À la fin du tir, la culasse reste en arrière et un levier sur le côté gauche permet de la ramener en avant. Pour retirer le chargeur, il faut appuyer sur un bouton au bas du talon de la poignée. C’est commun à beaucoup d’armes militaires de cette époque.